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Salle Georges Franju

Dédiée aux films imaginaires

Georges Franju, grand cinéaste français, énonçait volontiers cette devise : "J'aime les images qui me font rêver, mais je n'aime pas qu'on rêve pour moi." Les rêveurs que nous sommes aiment à se placer sous son patronage...

 

BAZARTE

Ce serait, ç'aurait été une collection de films pour Arte, destinée à accueillir des transpositions de classiques de la littérature. Certains seraient sortis en salle.



"Bobby Dick", un capitaine de la BAC pourchasse Bobby Dick, mystérieux motard albinos qui sème la terreur et semble apparaître et disparaître de nulle part .... Capitaine de plus en plus obsessionnel et incontrôlable, lancé dans une quête qui le conduira à sa perte. Avec Gerard Depardieu, Jean-Pierre Kalfon, Bernard-Pierre Donnadieu - mais qui joue qui?


"Lille, treize heures." Dans un lotissement abandonné du Nord de la France, victime de la désindustrialisation et des lignes à haute tension qui strient le ciel ( ce qui nous vaut la persistance d'un son grave, un sol, un drone ainsi que le nomment David Lynch ou La Monte Young) deux groupes de personnes recherchent un trésor ; d'un côté une famille à la recherche du magot du grand'père, de l'autre une bande de malfrats qui ont bien connu le même - mais est-ce bien le même?... Tout ne se passera pas dans la plus grande harmonie.

Le rôle des sons, et l'élaboration musicale qui en découle, peut faire penser à Bertrand Bonello.


On peut en imaginer d'autres... mais il est probable que "Les trois mousses queutards" aient été rejetés
DF

 

Fabrice Robert


Il y a eu "Jean-Philippe", le film dans lequel Fabrice Luchini, fan absolu de Johnny Hallyday, se réveillait dans un monde parallèle où Jean-Philippe Smet n'avait pas accompli un destin d'icône du rock, mais une carrière de garagiste - avec une assez jolie réussite d'ailleurs.
Mais il n'y a pas eu "Fabrice", le film dans lequel Johnny Hallyday, fan absolu de Fabrice Luchini, se réveillait dans un monde parallèle où Robert Luchini n'avait pas accompli une carrière de beau diseur, mais un destin de coiffeur - avec un certain succès d'ailleurs.
C'est dommage, et c'est trop tard.

DF

 

FATHER BROWN

Une série avec  Claude Chabrol?

G.K. Chesterton (1874-1936) fut un personnage considérable ; journaliste, essayiste, poète, romancier, biographe, il est de plus,à notre connaissance, le seul penseur du christianisme à avoir créé un archétype du roman policier : le père Brown, héros de 51 nouvelles et de quelques textes. Cet enquêteur atypique, aussi clairvoyant qu'apparemment dépourvu de méthode, et plein d'une très chrétienne empathie, a été incarné au cinéma en 1954 par Alec Guiness, qui ne ressemblait pas à ce prêtre détective qui ne ressemblait à rien. Puis par Kenneth More, dans une série télévisée de 1974, et enfin Mark Williams, dans une série télévisée de la BBC (2013-2017) .  Il y eut également "Pater Brown", série télévisée germano-autrichienne  (1966-1972) avec Josef Meinrad et Ernst Fritz Fürbringer.
Cela arrive, pour nous un visage s'impose avec évidence à la lecture, celui de Claude Chabrol, qui n'était comédien que très occasionnellement - mais c'était savoureux. Sa malice et son intelligence, sans parler de sa silhouette, fait de lui une belle incarnation du personnage de Chesterton ; et s'il avait pu être des deux côtés de la caméra, quel bonheur! Non?

DF

 

Jess l'emballeur

Une comédie avec Michel Serrault

Au cours d'une longue carrière,  riche de 135 participations, Michel Serrault (1928-2007) joua souvent dans un même films deux personnages différents.  
Soit qu'il y interprète deux rôles: La gueule de l'autre, P.Tchernia, 1979. Les rois du gag, C.Zidi, 1984.
Soit que son personnage aie deux identités: La tête du client, J. Poitrenaud, 1965. La gueule de l'emploi, J.Rouland, 1973. La cage aux folles I , II et III, E. Molinaro, G. Lautner, 1978, 1980, 1985. Pars vite et reviens tard, R. Wargnier, 2007.
Et nous ne comptons pas les personnages dont la personnalité se clive, et dans lesquels l'inimitable dinguerie de l'acteur ne manquait pas de s'épanouir ; citons "Les fantômes du chapelier" de C. Chabrol d'après Simenon, ou "Dr Petiot" de C. de Chalonge, dont il était coproducteur.

Au croisement de tout cela, nous rêvons d'un film dans lequel il serait Jess Dimitri Bosswaltz*, un artiste reconnu s'étant fait une spécialité d'emballer les monuments du monde entier. Mais ce n'est qu'une couverture pour un étrange personnage, à la fois architecte, entrepreneur et justicier, dont nous suivrons les aventures, et les démêlés avec un inspecteur de police (Galabru, Blier, André Wilms?) qui se doute de quelque chose. L'architecte, idéaliste, entend rectifier, sous couvert de l'emballage, ce qu'il juge être les erreurs de ses devanciers.
Il y aurait un beau générique de fin où l'on dévoilerait l'arc de triomphe de la place de la Concorde, vu dès le début , emballé ; les personnages sculptés y prendraient le visage des acteurs du film.
(* on aura ici reconnu un personnage parodiant Christo Vladimiroff Javacheff, dit Christo.)

Le générique de début: https://www.youtube.com/watch?v=kgsyLDU6vds

DF

 

Woody Allen's Bride of Frankenstein (1992)

Le Ben Stiller show n'a connu que 13 épisodes ; bel exemple du  divorce qui se produit parfois entre succès critique et succès d'audience, il fut récompensé d'un Emmy Award après son annulation faute de spectateurs. Entre autres parodies, il imaginait dans son 9ème épisode ce que serait un remake de "La fiancée de Frankenstein" (James Whale, 1935), s'il était confié à Woody Allen.
https://www.youtube.com/watch?v=uIZmiempVH4


De son côté, le britannique  Alexei Sayle imaginait à la même époque ce que serait un Superman confié à Ken Loach - dans un mélange de drôlerie et de désespérance qui ne fonctionne pas de la même façon que son modèle.   
Ken Loach's Superman

https://www.youtube.com/watch?v=mJp6tBoa9JI


...mais le monde de la parodie est infini.

DF

 

Ce serait un film de science-politique-fiction.

Dans un futur proche une maladie se répand et devient, opportunément, un outil politique, tout en restant en elle-même redoutable: une arme dangereuse pour celui qui la manie.
Le dirigeant d'une grande puissance pense accroître son influence et se disant atteint de ladite maladie.
(Le récit gagnera en efficacité si le spectateur ignore jusqu'à quel point la déclaration est exacte.)

Que serait ce film s'il était dirigé par:
John Frankenheimer, 1966.
Stanley Kubrik, 1962.
Jean-Luc Godard, 1964.
Charles Chaplin, 1954.
Marguerite Duras, 1978
Richard Fleisher, 1973
Billy Wilder, 1961
Leo Mc Carey, 1934
Henri Verneuil, 1970
Alan Parker, 1984
Costa Gavras, 1986
Xavier Nolan, 2021
Choisissez un réalisateur, fermez les yeux, représentez vous le film. Vous  avez deux heures.

DF

 

Petit ajout et corrections au post précédent:


-une fraute de fappe : "Le dirigeant d'une grande puissance pense accroître son influence EN se disant atteint..."

- Une fote d'ortograf : je rends son c à Stanley Kubrik , qui redevient ainsi le Stanley Kubrick qu'il n'aurait jamais dû CC d'être.

- Xavier Nolan n'est pas une erreur ( en tous cas, pas plus que Christopher Dolan qui est son équivalent palindromatique ou à peu près).

- La réalité dépasse la fiction ( mais pas l'affliction) et les raconteurs d'histoire s'essoufflent à courir après :

Ce serait un western de Preston Sturges, dans lequel W.C Fields incarnerait un candidat shérif ou juge ou gouverneur, arrondissant ses fins de mois et son électorat en vendant un élixir à la composition douteuse, baptisé Resurector ou Reanimaron ou Regenerator... bref, un truc improbable.

Fermez les yeux, imaginez. Vous avez 72 minutes.

DF (8 10 2020)

 

MR HIROKI ET SON POULET

Un soir que nous étions réunis, mes enfants et moi,  autour d'un bon repas dans un restaurant asiatique, le climat musical peu à peu nous suggéra l'histoire de l'amitié entre un vieil employé taciturne et un animal...
Des années plus tard, voici enfin une évocation de ce que pourrait être cet anime...

Dans la banlieue Nord de Tokyo, mr Hiroki vit un morne destin de comptable mis en pré-retraite de son poste dans une immense entreprise d'agro-alimentaire. Abandonné le jour de son mariage par sa belle fiancée Hiromi, il n'a jamais trouvé l'âme soeur et n'a jamais plus souhaité fonder un foyer.Pour s'assurer une prime de départ, envoyé par sa direction surveiller la production sur un énorme bâteau de pêche dirigé par un capitaine plutôt antipathique qui le fait débarquer, en pleine tempête il rencontre soudain un poulet qui peu à peu devient son ami, et le film va raconter les PériPéties de cette Pouleversante amitié....

Scène coupée: sur une île le Poulet est attaqué par un énorme serpent, son nouvel ami est d'abord terrifié mais transfiguré par un soudain courage, que croyez vous qu'il arrivât? mr Hiroki bat le boa.
Puis il y aura, si le film marche, mr Hiroki II, mr Hiroki III ( et l'oeil du tigre), mr Hiroki et son poulet VS Predator..........

ET pour vous montrer avec quel sérieux on envisage la chose, la maison a le plaisir de vous offrir, sans supplément de prix ni obligation d'achat, la bande annonce du chef d’œuvre:

https://www.facebook.com/100007710283964/videos/2722700264663623/


... et en bonus, une histoire vraie dont ce film ne s'inspire pas:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Guirec_Soud%C3%A9e

 

L'île merveilleuse

Gustave Kervern, ou Benoît Delépine... (Rêve.)

Récent rêve dans lequel je me retrouve à errer au Comoedia, le cinéma le plus proche de mon domicile lyonnais. Je ne sais pas trop ce qui se passe, mais on me demande d'aller voir un film en Salle 1. Quelque chose comme "L'île Merveilleuse" de Kervern ou Delépine, l'un d'eux mais sans l'autre. Avec Gérard Depardieu et Yolande Moreau, les deux.
Sur une plage de studio, avec une mer de synthèse. A vingt mètres du rivage, une île ; debout, Yolande Moreau en maillot de bains à fleurs appelle Depardieu qui ne veut pas venir. Peur de se noyer dans 60 cm d'eau. Comme ça s'éternise un peu, la discussion, je décide d'y aller, moi. Je me retrouve dans l'eau avec Yolande, à commenter la température , et ses fluctuations subtiles. Elle me regarde, très sérieuse: "Elle est bonne, mais y a des courants froids."
Le film doit durer 1h 12 environ, et il ne s'y passe rien d'autre - même Depardieu n'aura fait qu'y passer, un cameo en pareo.
Je me dis : il ne se passe rien, mais voilà une expérience de spectateur qu'on peut qualifier d'immersive.

Vraiment.

DF

 

Mr A

Don Sharp, 1967. Scenario Terry Nation.

Ce serait le pilote d'une série jamais réalisée, mais qui put sortir en salles à l'époque - le fait n'était pas rarissime.
Cela commence avec un prégénérique, comme l'habitude s'en imposait alors. Deux agents du gouvernement se rendent dans un endroit désert, la nuit ; un ancien moulin, abandonné, l'ambiance est lourde de menaces. Lampes torches, exploration, quelqu'un épie. Le rendez vous tourne au traquenard, l'un des deux agents est assiégé par un ennemi invisible, se réfugie dans le moulin. Une main gantée débloque le vieux mécanisme, une manche est prise dans une roue dentée, une meule de pierre se met à tourner, la belle étoffe du costume bien coupé ne se déchire pas assez pour que l'agent se libère. La meule grince, la scène est courte et interminable, une main se crispe et retombe. Générique: Mr A. Musique pimpante, Laurie Johnson ou Ron Grainer.
Mr A est un petit chariot carré, un bloc de tuyaux charriant des fluides. Mr A se meut sur des roues à rayons qui le font ressembler à ces petites dessertes qui servaient de bar aux jeunes célibataires à la mode de 1967. Mr A intégre aussi divers appareils, oscilloscopes, microphones, caméras, haut-parleurs qui lui permettent de voir, entendre, s'exprimer, grâce aux bons soins d'un savant qui l'a sauvé ; Mr A était un des meilleurs agents de Sa Majesté, jusqu'à cette horrible tentative d'assassinat. Il continuera à servir les services secrets, avec d'autant plus d'efficacité que tout le monde le croit mort. Tout le monde, à l'exception d'une petite équipe d'agents de confiance, qui agiront suivant ses directives.


Mr A, making of
C'est un rêve que je fis durant mes années de collège, et qui me revint brusquement, en bloc, au milieu d'un cours de science physique, me procurant une stupeur hallucinée ; stupeur qui m'empêcha de suivre le cours, mais du même coup a gravé dans ma mémoire la lumière, la disposition du lieu, le moment de la journée.
Je le sais maintenant, c'est Terry Nation qui est derrière tout ça. Terry Nation, scénariste prolifique et gallois ( aucun rapport) qui imagina ou supervisa les scripts  de grandes séries: Chapeau melon et bottes de cuir (époque Tara King), Amicalement vôtre, Departement S, Le saint, Dr Who... et jusqu'à Mc Gyver.
La faute à Terry Nation. La faute à la télé de l'époque, grande pourvoyeuse, grande voyeuse, grande fourvoyeuse qui m'empêcha de suivre un cours sans doute crucial puisque je ne devins jamais scientifique - alors que j'aurais tant aimé être un savant fou.
Ce qui m'étonne, c'est que dans ce rêve qui ressemblait tant à ces séries british qui nous imprégnaient, ce mélange d'humour discret, de cruauté, d'élégance décalée, il y ait ce Mr A qui après tout ressemble à un Dalek ; l'allure absurde, la cruelle image d'un esprit prisonnier d'une cage de métal, et l'étrange voix glapissante dont on ne peut décider si elle exprime la fureur ou la détresse... je précise que les Daleks, ces absurdes robots côniques et trapézoïdes, aussi pop que des mods, ces grands ennemis de l'éternel Dr Who, sont sortis du cerveau bizarre de Terry Nation.
Mais ces Daleks, je ne pouvais pas les connaître ; à l'époque , pas de Dr Who à la télé française, trop bizarre peut-être... mais probable que Temps X en ait passé quelques images. Les frères Bogdanoff à l'époque étaient d'irremplaçables passeurs.
J'amende et je résume : Mr A, c'est la faute à Terry Nation ET aux frères Bogdanoff.

DF

 

L'EXTASE ET L'AGONIE DES DINOSAURES

The age of reptiles (Don Chaffey, 1966)
(Très mauvais titre français, mais qui a du moins le mérite de souligner que... vous verrez bien.)

Prod. Charles Schneer, scénario: Charles Beaumont, photographie: Wilkie Cooper, effets spéciaux: Ray Harryhausen. Avec Tom Poston, Thorin Thatcher,  Donald Wolfit, et.. des dinosaures).
Ce serait, ç'aurait été un biopic*. L'histoire d'un jeune étudiant en art, Rudolph Zallinger, à qui est proposé le projet d'une gigantesque fresque (34 mètres de long) devant orner la grande galerie du Peabody Museum of Natural History, New Haven ( Connecticut.). Cette fresque doit, selon ses commanditaires, représenter l'évolution des temps préhistoriques, du Dévonien au Crétacé. Rêveur, imaginatif, virtuose, mais ignorant largement la période allant du Dévonien au Crétacé, Zallinger se voit offrir un cours accéléré sur les temps préhistoriques et la morphologie des dinosaures. Formé à un art très académique, il a du mal à se passer de modèles, et subit la pression des directeurs du musée.
Outre les diverses mésaventures qui malmènent le peintre, divers personnages interviennent dans la longue et solitaire création: le fantôme de Michel-Ange, qui dut réaliser un immense projet lui aussi : la chapelle Sixtine. Et des dinosaures.
A l'origine du projet, divers éléments, divers éléments épars qui auraient percolé dans l'esprit du trio Harryhausen-Schneer-Beaumont: la fascinante fresque réalisée par Zallinger entre 1942 et 1947 (https://www.youtube.com/watch?v=bI49Kn4EeOY) ; le film de Carol Reed, "L'extase et l'agonie", racontant les rapports tendus entre Jules II et Michel-Ange, autour de la réalisation du plafond de la chapelle Sixtine ; le  goût de Ray Harryhausen pour les dinosaures. On les imagine facilement s'exciter à imaginer tout cela.
(C'est un projet qui aurait également pu intéresser George Pal, dans son questionnement sur les rapports entre réel et imaginaire, et son expertise à mêler prises de vue réelles et animation... dans ce cas la fiche technique change un peu. Si Charles Beaumont, scénaristes sur deux autres films de Pal, reste ,  on trouve cette fois-ci Jim Danforth à l'animation.)
Mais on rêve, on rêve....
   
* Le biopic n'est pas un film conçu suivant les principes de l'agriculture durable - on en est loin.Le biopic n'est pas un film conçu et réalisé par des bactéries - quoiqu'on serait parfois en droit de se poser la question. Le biopic, ou film biographique, est un récit plus ou moins hagiographique, récitant la légende dorée (titre variable, plus ou moins de carats) des héros qu'une époque se choisit, avec une dose plus ou moins grande de fiction. Ici une liste serait bienvenue mais ce serait bien long ; du moins observe-t-on que le biopic connaît des vagues, des flux et des reflux passionnants à observer. Notablement: à la fin des années 1930, à la Warner surtout; au milieu des 50's, à la Universal principalement ; tout récemment, avec des dinosaures de la pop music.

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WAR OF THE ZOMBIES OF THE COVID 19 APOCALYPSE

Elle marche entre les tombes. On lui a déconseillé de sortir, elle est sans doute malade. Mais elle veut, pour la dernière fois peut-être, se recueillir sur la tombe de son père.
Elle cherche, ce cimetière est grand et toutes les tombes se ressemblent. Elle n'y tient plus, c'est plus fort qu'elle, elle éternue. L'écho lui répond. Elle éternue une deuxième fois, elle entend en retour un autre éternuement. Puis un deuxième. Compter sur ses doigts n'y changera pas grand-chose, l'écho n'y est pour rien ; au bout d'une allée, une dalle de granit grince et tressaute.
Les signes se font de plus en plus nombreux, du réveil en masse de tous les morts du cimetière. Ils sont morts, ils sont nombreux, ils sont tous atteints de l'étrange virus qui a envahi la planète.
Et aucun, non, AUCUN ne respecte les gestes-barrières.

 

Ignace et le vampire (1943)

Pour Michèle


Réalisation:  Jacques-Daniel Norman
Scénario et dialogues: Curt Siodmak (sous le pseudonyme de Marc Létrange), Jean Manse, Raymond Queneau (non crédité)
Directeur de la photographie: Nicolas Hayer
Décors: André Andrejew
Montage: Christian Gaudin
Musique: Roger Dumas (Chansons: Jean Manse / Casimir Oberfeld, non crédité)
Directeur de production: Alfred Greven (Continental-Films)
Société de distribution : Tobis
Distribution:
Fernandel... Ignace Boitaclous
Robert le Vigan .... le Comte
Danielle Darrieux.... la nièce du comte
Pierre Larquey.... l'aubergiste
Charles Trenet.... le neveu de l'aubergiste
Germaine Kerjean....Marguerite Boitaclous, mère d'Ignace
Palau.....Felix Garrigou, Le directeur de l'agence
Charles Vanel....Zing


Ignace Boitaclous (Fernandel) a trouvé une place de démarcheur pour le compte d'un agent immobilier (Palau), qui se trouve être son oncle ; lequel l'a embauché grâce à l'insistance de son encombrante mère (Germaine Kerjean). Assez gaffeur, pour l'éloigner de la très sérieuse clientèle on l'envoie négocier l'achat d'une bâtisse isolée auprès du mystérieux acheteur, un comte d'origine étrangère(1), dont la sinistre demeure se trouve au milieu d'un sombre lac, le Lac du Rat. Arrivant à l'auberge locale, ne trouvant personne qui accepte de l'y conduire, il s'y rend au volant d'un ahurissant tacot(2) vendu par l'aubergiste, et qui rend l'âme à l'entrée de la propriété. Une barque vient le chercher, conduite par un sinistre rameur qui disparaît lorsqu'Ignace veut lui serrer la main - ne reste qu'une houppelande noire, vide. Ignace, de plus en plus inquiet, voit l'immense porte du château s'ouvrir devant lui, et du grand escalier descend le comte (Robert le Vigan).
Après un étrange repas, on montre sa chambre à Ignace. Nuit blanche: le mobilier change de place chaque fois qu'on éteint la lumière, le comte fait de multiples tentatives pour mordre Ignace, toujours déjouées par hasard. Comte invisible dans les miroirs. Mystérieuse nièce du comte, Nadia,  apparition blonde qui erre dans les couloirs (Danielle Darrieux). Arrivée sur les hauteurs de Marseille  dans une maison d'un style mi Art deco mi gothique, récente mais sinistre. Réapparition de la mère, presqu'aussi effrayante que le Comte. Elle souhaite voir Ignace épouser la fille du comte.  Arrive le  docteur Zing (Charles Vanel), médecin convaincu de l'existence des vampires, et de la nécessité de les détruire. Il tente de faire comprendre à Ignace la terrible menace , mais ce dernier persiste à trouver le comte fort sympathique. A la suite d'une nuit fort agitée, le Comte se trouve exposé à la lumière du soleil et est réduit en cendres.
Nadia sort instantanément de la torpeur somnambulique dans laquelle  elle était plongée. Elle épousera Ignace - même si, dans la glace de la mairie, son image disparaît peu à peu... remplacée par le mot FIN.


(1) Son nom paraît imprononçable et de fait personne le prononcera, Ignace n'y réussissant pas l'appelle "Le comte du Lac du Rat", "Le duc du Condrola".....
(2) Le tacot: un vieux truc muni de nombreux accessoires (gags), dont aucun ne marche comme on s'y attendrait. Truc infourgable, bricolé par un neveu certainement zazou ou même pire. Apercevra-t-on le zazou? Tentera-t-il de récupérer sa voiture, en infléchissant un peu le cours de l'action?
Ignace pourrait chanter une chanson:
"C'est un tacot pétaradant qui dans les côtes bien pentues
Cahote, crachote et puis rue tout en peinant c'est épatant
Dans les côtes se paradant, dans les descentes freinant mou,  
Rapant la route de ses roues, c'est un tacot pétaradant!"




IGNACE ET LE VAMPIRE, making of.
Ce film n'a bien sûr jamais existé ailleurs qu'au fil de la plume qui vient de le décrire. L'idée est née de l'interrogation d'une amie, effrayée dans son enfance par la vision de Fernandel remarquant dans un miroir l'absence de reflet de son interlocuteur - nous n'avons d'ailleurs jamais trouvé l'origine de cette vision. Vision qui évoquerait bien la rencontre entre Fernandel et le prince des ténèbres, entre Ignace Boitaclous et Dracula.
Ce film n'a jamais existé et pourtant nous nous sommes efforcé d'en rendre l'existence vraisemblable. A cette époque, une certaine veine fantastique courait dans le cinéma français, et s'inspirait pour partie de ce qui se tournait en même temps outr'Atlantique, et restait invisible : les films américains étaient interdits. Comme souvent en temps de blocus, des ersatz apparaissent ; "Le loup des Malveneur" (Guillaume Radot, 1943) est un exemple évident de ce que le cinéma français pouvait proposer à un public friand de films fantastiques américains, mais d'autres pourraient le rejoindre ; "La main du diable" (Maurice Tourneur, 1943), "La fiancée des ténèbres" ( Serge de Poligny, 1944). Fernandel lui-même a un peu donné dans la comédie d'épouvante , avec "Le mystère St val" (1946).
Nous avons donc imaginé un adaptation un peu détournée (pour des raisons de droits, encore un peu épineuses à l'époque) du Dracula de Stocker, dont le scénario suit quelques-unes des pistes les plus usitées. Il nous a paru amusant (et pertinent) de faire intervenir au stade du synopsis Curt Siodmak, qui vécut un peu en France et fit une belle carrière de scénariste, surtout dans le domaine du fantastique et de la SF - il écrivit d'ailleurs pour son frère Robert un "Fils de Dracula " fort astucieux. Le recours à Curt Siodmak dut paraître évident à certains des initiateurs du projet, même si, juif émigré à Hollywood, il dut signer d'un pseudonyme. Scénario adapté par Jean Manse, beau-frère de Fernandel et crédité sur un grand nombre de ses films, entre 1932 et 1964. Nous avons été heureux de faire intervenir Raymond Queneau aux dialogues, même s'il n'eût peut-être pas souhaité voir son nom au générique - romancier, avec 8 livres publiés à l'époque, il ne fit ses débuts officiels au cinéma qu'en 1950.
La firme Continental, menée par Alfred Greven, était pendant l'occupation une maison qui produisait "des films français avec des capitaux allemands". Au total, 30 productions ont été menées à bien, de 1941 à 1944. Christine Leteux lui a consacré un excellent et précieux livre, et Bertrand Tavernier en a donné une magnifique évocation dans "Laissez-passer" (2002).
Jacques-Daniel Norman, réalisateur, a plusieurs fois travaillé avec Fernandel, notamment dans le cadre de la Continental.
Nicolas Hayer fut un immense directeur de la photographie  -mentionnons parmi de nombreuses réussites "Le corbeau", "Panique", ou "L'armoire volante" avec Fernandel. Son art des ombres et des visages qui en émergent nous paraît indispensable à ce projet.
André Andrejew fut un grand décorateur qui fit de magnifiques débuts sur le "Raskolnikov" de Robert Wiene ; il travaillait régulièrement pour la Continental et dut se souvenir de ses débuts expressionistes et impressionnants, pour les deux châteaux de notre film.
La belle carrière de monteur de Christian Gaudin passa également par la Continental, où il travailla notamment sur "Simplet", film réalisé par Fernandel (et surtout par Carlo Rim, non crédité) et "La main du diable".
Roger Dumas, compositeur souvent complice de Fernandel, signa également la musique de "La main du diable" qui ne déméritait pas face aux partitions des films fantastiques hollywoodiens.  Casimir Oberfeld, auteur de la chanson, ne signait plus rien de son nom depuis 1940 ; son origine juive l'en empêchait. Mais il travailla sans doute encore pour d'autres, jusqu'à sa déportation en décembre 1943. Il mourut de froid en janvier 1945 lorsque son camp fut évacué devant l'avancée des Alliés.
Robert Le Vigan était un personnage haut en couleurs, qui prit un virage assez regrettable durant l'occupation - finissant par rejoindre le gouvernement de Vichy, une brochette de collaborateurs et Louis Ferdinand Céline à Singmaringen - aventure relatée par l'écrivain dans son roman "D'un château l'autre". (On remarquera au passage que ce titre correspond ironiquement au parcours de Le Vigan/Dracula dans le film qui nous occupe). Fernandel quant à lui a traversé la période avec une certaine inconséquence... Germaine Kerjean n'avait que dix ans de plus que Fernandel, mais jouait depuis quelques temps déjà les vieilles dames acariâtres, tandis que Fernandel se maintenait encore dans des rôles assez juvéniles. Les dons évidents de Danielle Darrieux auraient fait d'elle une nièce assez fabuleuse - même si son débit hawksien aurait été de peu d'intérêt dans le rôle d'une somnambule. Palau était un petit homme bonnasse et inquiétant, qui incarnait rien moins qu'un envoyé du Diable, dans "La main..." du même. Pierre Larquey a promené sa silhouette fatiguée dans de nombreux films, dont "L'assassin habite au 21" ou "Le corbeau", produits Continental. Le gros de la petite carrière cinématographique de Charles Trenet se passa pendant la guerre, et sa fantaisie aurait été précieuse pour son rôle de zazou - même s'il est probable que Fernandel en aurait pris ombrage, comme cela arriva souvent. Charles Vanel aurait fait un digne et grave docteur Zing, mais sa présence au générique s'explique surtout par un goût lamentable pour le calembour: Charles Vanel: Zing.


L'accueil du film aurait pu être assez ambivalent ; ce mystérieux comte étranger pouvant symboliser les "métèques" dénoncés par la propagande de Vichy, ou bien au contraire l'occupant... Mais quelle que soit l'opinion qu'on puisse avoir sur ce film, il est moralement inattaquable : il n'a jamais existé.

DF